Le nucléaire post covid

photographie ‘pente-glissante-sans-plan-b.jpg’ copyright RCSRGB-Christophe Legalle

Note du RCSRGB : cet article peut ne pas correspondre à l’opinion de tous ses membres,
il n’engage donc que son auteur

“Le nucléaire est un choix français et un choix d’avenir. C’est le rêve prométhéen !” Emmanuel Macron

“Le nucléaire est une filière d’excellence dont nous devons être fiers” Préfet du Tarn-et-Garonne, AG de la CLI Golfech 2019

Fessenheim est fermé, les apparences sont sauvées.
L’État est passé maître dans l’art de relancer le nucléaire en se donnant des airs d’en sortir et il doit indéfiniment ponctionner les ressources collectives pour continuer à financer l’indéboulonnable, radioactif et mutilant automate nucléaire.
Comme d’habitude depuis plus de 30 ans si on ne peut plus à la fois sauver l’humain, son environnement et l’économie, on se contentera de sauver l’économie et les lambeaux d’humanité et d’environnement qui pourront encore s’y rattacher, et cela en indemnisant EDF.

C’est ainsi qu’EDF sera indemnisé pour la fermeture de Fessenheim et le manque à gagner, qu’EDF devrait recevoir une aide importante pour financer de nouveaux EPR, que l’opérateur bénéficiera du plan Hercule laissant à EDF les secteurs lucratifs des énergies renouvelables et mettant à la charge de l’état le nucléaire et l’hydroélectrique…

Mais aujourd’hui c’est à l’aune de la banqueroute de l’économie qu’il faut mesurer l’avenir du nucléaire et ses dangers.

Cyniquement, on pourrait penser, à l’instar d’une pandémie, qu’une crise économique mondiale serait bonne pour le climat parce que le déclin de l’activité économique entraîne une diminution des émissions de gaz à effet de serre et d’autres substances nocives. Mais ce répit écologique n’est que le revers de la médaille d’un appauvrissement massif des populations : des entreprises font faillite, des travailleurs sont licenciés et, comme les sources de revenus se tarissent, des millions de personnes ne peuvent même plus acheter les produits de première nécessité.
Actuellement l’État intervient dans la plupart des pays afin d’assurer, dans une certaine mesure, l’approvisionnement public et d’éviter l’effondrement immédiat des entreprises en raison du confinement et de la paralysie de l’économie. Mais autant les mesures d’urgence montrent très clairement que le marché ne peut pas tout réguler, autant les possibilités dont dispose l’État pour influencer la production de richesse restent limitées.
L’État n’est nullement au-dessus de la logique de la production de richesse, il en est l’une des conditions préalables essentielles, et en même temps il en est dépendant.
Les mesures pour sauver le climat et protéger les bases naturelles de la vie ne peuvent donc être envisagées, dans le cadre de l’économie,  qu’à condition que la forme capitaliste de production de richesses soit considérée comme allant de soi. Ce n’est que dans ce contexte que les travailleurs peuvent vendre leur force de travail et autres marchandises, même s’ils savent que cela accentuera encore la catastrophe écologique qui est déjà en cours.

Cette contradiction ne peut être résolue que si nous remettons en cause cette forme de production de richesse.
Bien sûr, un tel objectif politique ne peut que provoquer des conflits féroces : car il signifie une remise en question fondamentale du mode de production et de vie capitaliste, qui est bien plus qu’un « système économique », c’est aussi une forme sociale qui régit nos relations et nos modes de vie.

Après la phase aiguë de la crise, toute tentative de retour au statu quo politique antérieur provoquera des disputes sociales vives sur la question de savoir comment organiser et garantir l’approvisionnement général de la société.
L’État ne peut pas annuler la dynamique fondamentale auto-entretenue de la production de richesses, il ne peut que réparer ou masquer ses pires conséquences.
Il est facile de prévoir que les priorités des gouvernements et des banques centrales vont vite être de sauver à nouveau le système bancaire et financier.

Le coût de la rénovation des centrales (Grand Carénage) et la poursuite du nucléaire va apparaître de plus en plus élevé dans la période à venir de crise accrue. La détérioration du parc nucléaire et de sa production d’électricité entraînera inexorablement de plus en plus de coupures et d’incidents sinon pire, un ou plusieurs accidents majeurs. La continuation du nucléaire risque de nous confiner davantage encore dans un monde mutilé dont aucun vaccin ne nous sauvera.

L’État risque de ne plus apparaître que sous la forme d’un autoritarisme de crise, de nationalisme et de régression politique.
Une nouvelle option sociale ne se développera pas à partir de quelconques niches comme on l’imagine dans certains concepts alternatifs. Elle ne pourra se constituer que dans la lutte pour le champ de la généralité sociale. Il s’agit de réinventer ce champ ; non pas comme un autre côté, identique et dominateur d’une production de richesse autonomisée qui se placerait elle aussi en face de ses acteurs comme une « seconde nature », mais comme faisant partie d’une société dans laquelle les gens décident consciemment de leurs rapports.

Si nous restons accrochés au fétiche marchand comme la moule sur son rocher, le nucléaire, l’économie et l’environnement partageront de plus en plus la même crise et un même avenir d’effondrement, avec son lot de catastrophes.

S’il était possible au moins d’éviter que la fusion du réacteur du système financier international s’accompagne de la fusion de réacteurs de production nucléaire d’électricité…