FAIBLES DOSES : l’expérience de Fukushima

EFFETS DES FAIBLES DOSES

Concerne les populations résidant jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres d’une centrale nucléaire
D’après Hisako Sakiyama (directrice de recherche à l’Institut National des Sciences Radiologiques du Japon)

Hisako Sakiyama a menée  une grande enquête en 2011 avec ses collègues au sein de la Commission d’Enquête Indépendante sur l’Accident Nucléaire de Fukushima (NAIIC) à la demande de la Diète.  NAIIC – le rapport

Qu’est-ce qui est devenu clair avec l’enquête de la Diète sur Fukushima ?

La vie de tous les jours au Japon ne pourra jamais retourner à ce qu’elle était avant l’accident de Fukushima. Avec plus de 900 Pétabecquerels [=9×10¹⁷ Bq] de matières radioactives libérées, environ 10% du Japon a été contaminé et plus de 150.000 personnes ont été évacuées des régions contaminées. Nous devons nous soucier de la contamination des légumes, du poisson et même de l’eau de boisson.

Une des raisons pour lesquelles le rapport  d’enquête du Parlement National a conclu que l’accident n’est pas terminé, est que 676 tonnes de combustible usé subsistent dans les enceintes des réacteurs et les piscines de refroidissement des unités 1 à 4.

Le Ministère de l’Education,  de la Culture, des Sports, de la Science et Technologie (MEXT) ainsi que les compagnies d’énergie électrique, y ont joué un rôle majeur. Ils se sont rendu compte que si les gens avaient peur même d’une faible quantité de radiations cela serait difficile pour eux de promouvoir une politique d’ expansion de l’énergie nucléaire.
Ils ont distribué des  livres de textes dans les lycées professant que les centrales nucléaires étaient sûres. Ils déclaraient que comme les centrales électriques étaient construites sur un socle rocheux dur, elles pourraient résister aux tremblements de terre. Ils déclaraient aussi que les centrales étaient conçues pour supporter les tsunami, et cetera. Après l’accident cependant ils durent admettre que les centrales n’étaient pas sûres, et ils ont repris les livres de textes.

Ils ne fournissent aucune information sur les taux de radioactivité relâchée, ni de cartes des régions contaminées. Dans le guide pour les professeurs ils ont recommandé que les enseignants fassent comprendre aux élèves qu’il n’existe aucune preuve évidente que des niveaux de radioactivité inférieurs à 100 millisieverts entraînent des maladies.

Il a déjà été établi que des cassures complètes de la double hélice de l’ADN induisent des cancers.

Des cassures complexes double brin de l’ADN se traduisent des réparations sujettes à erreurs, qui causent des mutations et une instabilité génomique, qui provoquent une accumulation de mutations et, en dernier lieu, un cancer. Même un seul rayon de radioactivité peut provoquer une cassure double brin et est donc théoriquement capable de provoquer un cancer.


Ceci est dû au fait que l’énergie de la radioactivité est bien plus forte que celle d’une liaison chimique de l’ADN. Par exemple l’énergie d’un rayon X lors d’une radiographie est 15 000 à 20 000 fois plus grande que celle des liaisons chimiques, donc la radioactivité peut aisément provoquer des cassures complexes double brin et entraîner mutations et instabilité génomique.

Expérimentalement, on a montré que des niveaux aussi bas que 1,3 milligray peuvent produire des cassures double brin. Et le nombre de cassures augmente linéairement avec la dose. Nous avons ainsi une preuve expérimentale que même une petite quantité de radioactivité a le pouvoir d’induire un cancer.

Quelles sont alors les doses les plus basses, pour lesquelles de bonne preuves épidémiologiques montrent une augmentation du risque cancérigène ?

Une des études expérimentales les plus fiables est celle de la durée de vie des survivants de la bombe atomique. Dans cette étude, la dose moyenne de radiations [reçues] est de 200 millisieverts, avec plus de 50% [des gens] ayant reçu une dose inférieure à 50 millisieverts.

À côté des données des survivants de la bombe atomique, il y a beaucoup d’études montrant les risques des faibles doses de la radioactivité. Il y a des études sur des travailleurs exposés aux radiations des installations nucléaires, sur les gens vivant près de la rivière Techa en Russie et les enfants qui ont développé une leucémie à proximité des centrales nucléaires et autres zones à haut niveau de fond. Dans toutes ces études, le risque par dose de radioactivité est plus élevé que pour les survivants de la bombe  atomique.

La radioactivité induit aussi des maladies non cancéreuses. La relation dose-résultat  entre maladie non cancereuse et radiations a été signalée pour des survivants de la bombe atomique. Le Dr Yablokov et ses collègues nous ont fourni la preuve indéniable démontrant la relation entre les maladies non cancéreuses et la radioactivité.

Pourquoi le gouvernement japonais et les spécialistes des radiations disent-ils que les risques des faibles doses de radioactivité sont inconnus ou qu’elles ne présentent aucun danger ?

Pourquoi le gouvernement japonais et les spécialistes des radiations disent-ils que les risques des faibles doses de radioactivité sont inconnus ou qu’elles ne présentent aucun danger ?

La FEPC a aussi fait pression avec succès sur les spécialistes de la radioactivité, y compris les membres de la CIPR (Commission Internationale de Protection Radiologique) et du NSC pour qu’il assouplissent les normes de radioprotection. Dans un de leurs documents, ils ont noté que toutes les exigences de leurs  pressions ont été répercutées dans des recommandations de la CIPR de 2007. Un des moyens pour la FEPC de parvenir à cela a été de couvrir les frais de déplacement des membres de la CIPR assistant aux conférences internationales. Malgré ce fait, les membres japonais de la CIPR soutiennent que la CIPR est neutre et ne  représente pas  les intérêts des industries électriques.