COMMUNIQUÉ  : Réponse à l’article lénifiant de la Dépêche du 19 mars 2020 “Centrale de Golfech : sur le qui-vive avec sérénité”

Ci-dessous le courrier envoyé à M. Benayoun, journaliste et auteur de l’article évoquée dans notre réponse.
Benoit Potel, pour le Réseau Citoyen de Surveillance de la Radioactivité de Golfech et du
Blayais .

Monsieur Benayoun,

Nous sommes le Réseau Citoyen de Surveillance de la Radioactivité de Golfech et du Blayais.
Quotidiennement les membres de notre réseau relèvent avec des appareils de mesure Radex, la radioactivité dans l’environnement afin de pallier aux défauts de communications des autorités dans ce domaine.
En octobre 2016, suite au lâché de milliard de becquerels dans la nature il a fallu 5 jours à EDF pour faire un communiqué de presse, et l’opérateur n’a prévenu l’ASN que 48 heures après l’accident. Voici pourquoi nous existons.

Le 19 mars 2020 vous avez écrit un article sur le fonctionnement de la centrale nucléaire de Golfech face à la pandémie actuelle qui touche nombre de pays. Dans cet article vous affirmez que la direction de la centrale nucléaire de Golfech a une organisation « tirée au cordeau ». Pour vous citer : « La crise sanitaire que nous traversons impacte évidemment les entreprises. La centrale nucléaire de Golfech n’échappe pas à la règle. Et l’organisation, déjà au cordeau, en temps normal, a été adaptée à cette nouvelle donne ».

Nous sommes étonnés par cette affirmation qui ne relate pas la réalité sur le terrain. Si vous aviez pu être présent à la réunion de la CLI Golfech (Commission Locale d’Information) du 4 décembre dernier vous y auriez entendu Madame Hermine Durand de l’ASN parler de désorganisation (en pièce jointe le pré rapport de l’ASN avec un questionnement de l’autorité de Bordeaux au directeur de la centrale) et de la très forte inquiétude de M. Mathieu Albugues, Président de la CLI de Golfech, et de M. Jeran-Paul Terrenne Maire de la commune de Donzac. Alors que l’un des problèmes dans le pilotage des centrales est justement les erreurs humaines; voyez ce qui s’est passé lors de l’incident du 8 octobre dernier, classé niveau 2 par l’ASN, avec des manipulations qui n’ont pas été au cordeau, des opérateurs qui mangent sur les pupitres de commande, ou encore une information qui ne passe pas entre les changements d’équipes… Ils se sont aperçu du  problème seulement 8 heures après la non ouverture de la vanne du pressuriseur.

Pour le respect de la déontologie de votre métier, nous vous invitons – avant d’écrire des conclusions hâtives – à lire le rapport de l’ASN et à en tirer les fruits nécessaires pour une information complète de vos lecteurs ! L’heure, vous en conviendrez aisément, n’est pas aux
informations tronquées ou édulcorées !

Un article portant sur un jugement de valeur aussi catégorique aurait mérité un minimum de travail d’investigation. Là, avec tout le respect que l’on doit à La Dépêche; cela ressemble plus à de la flatterie à l’égard de la centrale et ses dirigeants qu’à de l’information. En effet au rapport de l’ASN cité s’ajoute le fait que le 27 janvier 2020, le directeur de la centrale nucléaire EDF de Golfech, Nicolas Brouzeng, a été convoqué, fait inhabituel, par le directeur général de l’ASN, Olivier Gupta pour déficiences dans la mise en oeuvre des opérations d’exploitation des réacteurs et un manque de rigueur systémique dans l’enregistrement et la traçabilité des activités relatives à la maintenance des installations. On est loin d’une gestion “au cordeau”. Un réacteur nucléaire doit être surveillé en permanence, et non par un personnel insuffisant et, dans le cas des sous-traitants, sous-payés et mal traités.

Vous vous faites l’écho du discours rassurant d’EDF qui prétend faire tourner les centrales avec 25 % et même 40 % de personnel en moins, alors qu’elle a déjà beaucoup de mal à le faire en situation normale.
Lors de la réunion du Comité Social et Économique d’EDF en date du 27 mars, l’entreprise aurait fait état de 281 agents EDF malades suspectés d’être contaminés par le Covid-19 et 16 personnels sous-traitants. Ces chiffres, dont on ne sait quelle réalité ils représentent
réellement, ont nécessairement augmenté et augmenteront encore dans les jours à venir.

Monsieur Gilles Reynaud, syndicaliste et président de l’association ‘Ma Zone Contrôlée’, témoigne de l’inquiétude liée à la promiscuité dans les vestiaires, au manque de gel hydro alcoolique et de masques de protection, au risque de transmission lors de passages répétés sur
les dispositifs de contrôle de non contamination radioactive en sortie de zone, des dispositifs qui ne sont pas nettoyés entre chaque passage. Il dénonce également les pressions subies par les salariés qui veulent faire jouer leur droit de retrait. Son message est simple: le risque de
mal faire leur travail est plus élevé lorsque les salariés sont angoissés et stressés, ce qui met en péril la sûreté des installations nucléaires dès maintenant ou en différé, lors du redémarrage d’installations pour lesquelles les opérations de maintenance auront été réalisées dans de
mauvaises conditions.
Et si un accident survenait, sa gestion serait très délicate, avec un personnel soignant obligé de prendre en charge en parallèle la contagion par le virus, le traitement des personnes irradiées et tous les problèmes de contamination radioactive! Sans compter que les plans de gestion
prévoient le rassemblement des personnes évacuées dans des hébergements collectifs, où les possibilités de protection contre le virus seraient limitées et l’angoisse à son maximum. Sans compter non plus les mouvements de panique et les départs massifs vers des zones moins radioactives.

Le manque de rigueur habituel d’EDF ne peut être que plus inquiétant dans ces circonstances. Vos lecteurs et vous-mêmes peuvent trouver une information sur nos sites stopgolfech.org et rcsrgb.fr. Ils pourront entre autres y consulter le dernier numéro du journal StopGolfech n°
84 paru il y a peu. Ils pourront aussi s’y informer des résultats de notre dernière enquête sur la pollution radioactive de l’eau du robinet, à Agen et ses environs, par le tritium radioactif rejeté par la centrale de Golfech (https://www.rcsrgb.fr/pollution-tritium-agen/).

AVEC LE NUCLÉAIRE NOUS DEVONS ÊTRE INFAILLIBLE, L’HOMME NE L’EST PAS

Benoit Potel, pour le Réseau Citoyen de Surveillance de la Radioactivité de Golfech et du Blayais .