Analyses

Nucléaire : une maladie d’État

  • 21 avr. 2017 / Ribault Blog Mediapart

Où l’on reconnaît un État malade du nucléaire, à sa volonté de nous familiariser avec le pouvoir de celui-ci – comme s’il avait depuis toujours été là – et d’en garantir de ce fait la sanctuarisation, alors même que l’on sait combien tous les usurpateurs ont toujours voulu faire oublier qu’ils viennent d’arriver.

Une machine-Fukushima assoiffée de liquidités

Autre symptôme, postcatastrophique celui là, de la maladie d’État qu’est le nucléaire, l’estimation du coût du désastre de Fukushima a été multipliée par plus de 12 depuis 2011, pour atteindre, selon le Japan Center for Economic Research, 626 milliards d’euros en mars 2017, sans compter les coûts liés au futur stockage des cœurs fondus. En outre, ce coût appelé à croître – représentant près de trois fois l’estimation récente du coût d’une sortie complète du nucléaire en France (217 milliards d’euros) réalisée par un “think-tank” pronucléaire – n’inclue aucune dépense liée à la détérioration de la santé des habitants du département de Fukushima et de ceux des départements adjacents touchés par la contamination radioactive….

Le rêve prométhéen du nucléaire de M. Macron…
Cette idéologie nous fournit sans doute la meilleure définition que l’on puisse donner de la maladie d’État qu’est le nucléaire : elle est cette affection qui transforme le désastre en remède, et chacun d’entre nous en son cogestionnaire citoyen.

Quand le politique maintient la France dans une voie atomique criminelle

Comment pouvoir laisser fonctionner des outils dangereux dont les composants essentiels, bien que prévus pour une durée de fonctionnement de 25/30 ans par leurs concepteurs, ont subi un vieillissement accéléré qui a encore fortement réduit ces prévisions ? On a pu voir que ce sont les contraintes terribles qui règnent dans les centrales nucléaires qui ont diminué cette longévité comme des températures de plus de trois cent degrés, des pressions jusqu’à 150 fois la pression atmosphérique, des rayonnements ionisants intenses qui dégradent tout.

Comme décrit tout au long de ce document, le résultat est :

  • la perte d’élasticité de tous les aciers entraînant la menace permanente de leur rupture,
  • la dégradation de tous les composants depuis les bétons de gros œuvre jusqu’à la plus petite vis du cœur.
  • l’apparition de multiples fissures de toutes formes de toutes dimensions, y compris dans des zones inattendues.

Comment EDF pourrait-elle être autorisée à faire fonctionner des réacteurs au-delà de 40 ans quand les industries traditionnelles, y compris la chimie, limitent à 25/30 ans la durée de leur installation afin de bénéficier d’outils de productions rentables et sûrs ? Elles ne sont pourtant pas, contrairement au nucléaire, accablées par des mêmes énormes terribles contraintes précitées.

Article de Marc Saint Aroman
Enrichissant le Chapitre VIII de son enquête sur le Grand Carénage

Le nucléaire post covid

…Mais aujourd’hui c’est à l’aune de la banqueroute de l’économie qu’il faut mesurer l’avenir du nucléaire et ses dangers.

L’État n’est nullement au-dessus de la logique de la production de richesse, il en est l’une des conditions préalables essentielles, et en même temps il en est dépendant.
Les mesures pour sauver le climat et protéger les bases naturelles de la vie ne peuvent donc être envisagées, dans le cadre de l’économie,  qu’à condition que la forme capitaliste de production de richesses soit considérée comme allant de soi. Ce n’est que dans ce contexte que les travailleurs peuvent vendre leur force de travail et autres marchandises, même s’ils savent que cela accentuera encore la catastrophe écologique qui est déjà en cours.

 

DE LA RÉSILIENCE À LA RÉSISTANCE

 

Parmi les moyens de provoquer cette « amnésie collective » on peut citer la réévaluation du seuil d’« inacceptabilité » des radiations, qui est ainsi passé de 1 à 20 mSv par an.

La résilience permet de refouler les sentiments de colère et d’impuissance provoqués par la catastrophe. Ce qui revient à gommer progressivement la gravité de la situation.

Le leitmotiv des autorités c’est que l’on peut vivre en territoire contaminé.